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Billet d'humeur : L'entreprise 2.0, entre logique de transformation et logique de coopération.

Écrit par Jean-Pierre Bouchez le 22 Octobre 2015.

A défaut d'être encore pleinement entrée dans la réalité, l'entreprise numérique fait désormais partie du langage managérial courant. Elle s'est progressivement déployée à la suite de l'arrivée d'un marqueur technologique et symbolique, communément qualifié de web 2.0, au milieu des années 2000, à travers ses applications et usages interactifs.



DES RAPPORTS AU SAVOIR TRES DIFFERENTS.



Dans la foulée de ce basculement vers ce nouvel écosystème collaboratif, on doit bien constater, à la lumière d'une étude de terrain que nous avons menée auprès d'une trentaine de grands groupes, que ces derniers ont des rapports au savoir très différents, au regard de la valeur associée à son usage. Pour certains il s'agit de privilégier les échanges sociaux et professionnels interactifs et conversationnels entre les personnes, fondés par exemple sur le partage entre des « bonnes pratiques » et des « belles histoires ». On se situe ainsi dans une logique de socialisation. A l'opposé, notamment dans les entreprises indus-trielles « à risque » (industrie nucléaire), la priorité portera largement sur la capitalisation et l'accumulation de savoirs techniques et normatifs, tels des standards ou des référentiels techniques, élaborés principalement par des « sachants » (experts et professionnels). On se situe alors dans une logique de capitalisation. Ces deux pratiques, ont intérêt à s'enrichir à travers une activation de la dynamique des flux et des stocks en vue d'accroitre la création de leur « valeur collaborative » en mobilisant ainsi deux usages complémentaires. D'une part, s'agissant de la logique de socialisation il convient d'organiser une capitalisation utile, même légère, concernant les contenus les plus originaux de manière à pouvoir les réutiliser et les enrichir. D'autre part, concernant la capitalisation, les sachants (mais aussi d'autres contributeurs), alimenteront, structureront et actualiseront ces contenus pour transformer cette mémoire morte stockée en mémoire vive et interactive.

 

QUELLES PERSPECTIVES PRIVILEGIER ?


Mais au delà de ces différents usages distinctifs, qu'il importait de présenter pour planter le décor, un enjeu majeur se détache à nos yeux : celui des perspectives que les entreprises souhaitent privilégier. A cet égard, nous avons pu observer schématiquement deux modèles référents. Le premier, de notre point de vue prometteur, privilégie la logique de la coopération dans le cadre d'un esprit communautaire. Le second se réfère à une version plus classique d'une certaine manière, qui met en avant principalement la transformation numérique en tant que telle.
La logique de coopération s'appuie plus spécifiquement sur le déploiement des communautés professionnelles de pratiques dites pilotées. Elles sont présentées comme un groupe dont les membres s'engagent volontairement et régulièrement dans des activités de partage de savoirs à partir d'intérêts communs, dans le cadre d'un métier ou de manière transversale pour résoudre des problèmes organisationnels, liés à une pratique professionnelle. Le pilotage nécessaire pour les relier directement ou indirectement aux enjeux concrets de l'organisation, s'effectue en par une complémentarité subtilement combinée et coordonnée entre l'équipe de direction de l'entreprise représentée par un sponsor en capacité de leur allouer des ressources, voire des commandes, et la communauté autour de son animateur.
La logique centrée sur la transformation se réfère en effet plus directement au déploiement du « travailler autrement » précisément dans le cadre de la transformation numérique en cours. Pour ces entreprises qui privilégient cette posture, le terme de « communautés de pratique » n'est pas mobilisé (il est même parfois inconnu). On parle plus volontiers de « communauté » ou plus souvent de « groupes » en référence aux éditeurs de logiciels collaboratifs. L'intégration de ces formats à l'organisation formelle est donc très forte. Elle se déploie ainsi souvent à travers des « communautés dites de projets » et de « communautés d'équipes » au sein d'une même structure hiérarchique. Les premières sont finalement assimilables à des groupes projets traditionnels équipés d'outils numériques, délestés de tout esprit communautaire. Les secondes pouvant apparaître à certains égards ambigües en ce qu'elles combinent des relations de type hiérarchiques et communautaire. En d'autres termes, si les communautés peuvent théoriquement subsister elles deviennent, dans cette logique, plus intégrées à l'organisation voire plus encadrées, de sorte que cette nouvelle forme tend à s'institutionnaliser.
Au moment où la majorité des observateurs attentifs soulignent que la performance de l'organisation ne se réalise pas au détriment des individus, on peut légitimement penser que la logique de coopération plus solidaire et moins prescriptive ouvre de nouvelles perspectives propice à rendre les pratiques managériales moins désincarnées sans obérer, loin de là, leur efficacité. C'est bien l'un des enjeux majeur et le pari auquel sont confrontées nombres d'organisations.

 

Actualités

31 octobre 2018 (Université de Lausanne) : Politiques et outils des systèmes de gestion des connaissances.

Cette conférence qui se déroulera le mercredi 31 àctobre entre 12h15 et 13 h 15 à l'université de Lausanne, a pour objectif de présenter aus enseignants-chercheurs et aux étudiants les principux dispositifs mobilisés et mis en oeuvre dans les grangs groupes en matière de gestion des connaissances.

10 novembre 2018 (Marrakech) : Participation à la journée de l'Intelligence Economique.

Au cours de cette manifestation organisée par l'université Cadi Ayyad de Marrakech, j'aurais le plaisir d'y présenter mes travaux sur l'innovation collaborative.

11-12 décembre 2018 : (Rabat/Maroc) : International conference on modern intelligent systems concepts.

Au cours de ce colloque organisé par l'université Mohamed V de Rabat, j'aurais le plaisir de présenter une conférence sur un nouvel écosystème collaboratif en cours de déploiement dans les grandes organisations.

14 mai 2019 (Université de Clermont-Ferrand /Master class UQUAM) : les pratiques de gestion des connaissances dans les grandes firmes…

Cette conférence proposera une synthèse sur les pratiques en cours des grands groupes français en matière de gestion des savoirs. Elle se déroulera dans le cadre du Master Class KM Clermont / IAE / - Montréal ESG UQAM à partir de 17 h, à l'université de Clermont-Ferrand.

Toutes ces actualités sont complémentaires à celles menées auprès de clients

Ces actualités privilégient en majorité les conférences et témoignages que je réalise régulièrement.

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